Phare de Tevennec,


* 15 mars 1875 : feu fixe secteur blanc et rouge, sur une tourelle carrée en maçonnerie et corps de logis de 12m de hauteur,
* 10 novembre 1898 : alimentation du feu au gaz,
* 7 février 1910 : automatisation du feu
* 27 août 1910 : feu alimenté au propane,
* 1939 : feu auxiliaire directionnel intense dans le relevèment à 328° au sommet de la tourelle de la galerie,
feu scintillant, secteurs blanc et rouge,
* octobre 1994 : installation des panneaux solaires.

La légende du Tévennec


L'exemple le plus marquant quant à cette volonté d'améliorer le sort des agents de la fin du XIXème au début du XXème siècle concerne le phare de Tévennec, situé au large de la pointe du Raz. Le passage entre la pointe du Raz et l'île de Sein présente de nombreuses difficultés. La navigation nocturne dans de tels parages est pratiquement impossible car depuis 1839 seuls brillaient de part et d'autre du couloir un fanal sur le cap et de l'autre côté, le grand phare de Sein, lesquels ne permettent pas une navigation précise. Les caboteurs, de plus en plus nombreux, demandent avec insistance une amélioration des conditions du passage.

Convaincue de la justesse de leur propos la Commission des phares abonde en ce sens et préconise la construction d'un phare sur l'îlot de Gorlé-Bella, ou de la Vieille, En avant de la pointe. Les premières tentatives de descente sur le rocher par les ingénieurs de Brest s'avèrent désastreuses ; on comprend très tôt que l'édification d'une tour en ce lieu demanderait beaucoup de temps, d'argent et de bonne volonté. Dans une première phase, il est donc décidé d'interrompre provisoirement les projets en cours. Par contre le chantier mythique d'Armen avait quant à lui déjà débuté en mai 1867 et exigeait "qu'un autre chantier soit ouvert dans les parages où nous puissions prendre des ouvriers pour les envoyer sur l'écueil dans les rares circonstances où la mer permettra d'accoster". De cette façon, il est décidé d'établir un fanal sur l'îlot de Tevennec à quelques encablures de la Vieille. Le directeur Reynaud, persuadé que l'endroit est d'un accès facile et d'un séjour agréable, préféra le choix de la maison-phare tel qu'elle était déjà bâtie en de nombreux points du littoral. La construction, bien plus difficile que prévue, s' étale sur cinq ans entre 1869 et 1874.

Le feu est allumé pour la première fois le 15 mars 1875 et pour le servir il est convenu qu'un gardien unique se chargerait de son maintien et de son entretien. Comme il s'agit d'un fanal du quatrième ordre on ne fait en sorte qu'obéir au manuel lequel ne prévoit pas un personnel plus nombreux pour cette classe de feu. On oublie simplement que ce phare est situé en pleine mer et que le gardien ne peut à aucun moment descendre à terre. Magnanime, l'administration admet que le lieu présente quelques inconvénients et, en conséquence, octroie au gardien deux ou trois périodes de congés annuels de dix jours pour regagner sa maison et sa famille avant de repartir en mer pour un semestre entier sans aucune possibilité de quitter son caillou.

Né à l'île de Sein, Henry Porsmoguer, est le premier agen nommé, en septembre 1874, gardien de troisième classe ; on note au passage que la sixième ou la cinquième classe généralement attribuée aux agents débutants est délibérément abandonnée. L'Administration des Ponts et Chaussées admet implicitement que le poste présente de grandes difficultés sinon pourquoi offrir deux classes d'avancement au postulant. Porsmoguer accepte sans doute aussi parce qu'il a participé depuis le début aux chantiers de construction d'Armen et de Tevennec. Poser son sac dans une maison de l'Administration représente certainement pour lui une amélioration de ses conditions de vie, mais en août 1875 il envoie déjà sa demande de démission. Il est remplacé par un autre Sénan, Hervé-Marie Guilcher qui ne supporte la solitude du lieu que quatre mois et demi car le 17 décembre 1875 il descend du phare après l'acceptation de sa démission. Ce jour-là arrive Jean-Marie Rohou né à Plogoff mais le service toujours aussi contraignant pousse ce dernier à évoquer son prochain départ dès les premiers jours d'avril 1876. L'ingénieur en chef du Finistère ne peut ignorer la situation catastrophique de ses agents plus longtemps et demande instamment à sa direction de créer un second poste de gardien pour le fanal de Tevennec ; de cette manière, les remplacements ne posent plus aucun problème et les descentes à terre dans leurs familles respectives deviennent beaucoup plus fréquentes. Les gardiens se voient offrir une nette amélioration de leurs conditions d'existence.

La décision ministérielle du 11 juillet 1876 porte création de ce second poste tellement attendu et le gardien supplémentaire Guillaume Guézennec, de Cléden, est nommé le premier août 1876 gardien de quatrième classe à Tevennec. Les choses reprennent leur cours normal et les gardiens de Tevennec retrouvent une place ordinaire dans la hiérarchie puisqu'ils perdent leur troisième classe. Mais même en duo, même avec des permissions plus nombreuses, la vie ne s'améliore pas pour autant et les agents en poste réclament tous leur départ vers des phares plus accueillants, en fait vers tous les autres phares du moment qu'ils puissent quitter le Tevennec. Rohou reste quatre ans, Guézennec résiste trois ans, remplacé ensuite par Allain Menou (11 mois), puis Goulven Le Goff (9 mois et démissionnaire), Guillou François (13 mois et démissionnaire), Jean Alanou (24 mois), Clet Marzin (16 mois), Clet Donnart (30 mois), Alexis Kerliviou (4 mois), René Cloître (1 mois), Jules-MarieVénec (19 mois)... et enfin Corentin Coquet, né à Plogoff, marié et père de quatre enfants, qui vécut sur l'îlot quinze ans, de février 1881 à août 1896, sans pour autant y trouver un quelconque intérêt puisqu'il réclame au moins à quatre reprises son départ !

Après 1898 l'Administration tente d'y faire vivre des couples mariés et le ménage Milliner est le premier à s'installer en janvier 1898. Les Quéméré suivent en 1900, puis les Quéré en juillet 1905 et enfin les Ropart en août 1907. En 1910, sans doute lassé de tant de mouvements, le Service des Phares équipe le phare d'un feu automatique. Dix-neuf gardiens et quatre gardiennes, sans compter les auxiliaires et les remplaçants, en trente-cinq ans ; aucun établissement de quatrième ordre en France, depuis la création du Service des phares, n'avait connu une telle succession.

La légende doucement s'installe et le fanal du Tevennec s'ajoute dorénavant à la longue liste établie en Basse-Bretagne des lieux maudits. Dès 1891, Le Carguet, dans ses"Légendes et superstitions du Cap-Sizun", évoque le sinistre lieu :"Le jour, pendant la construction, au-dessus des travailleurs tournoyaient les oiseaux, surpris d'y voir des êtres vivants, eux-mêmes qui ne pouvaient s'y poser, à cause des morts ! Par leurs cris : "Kers-kuit, Va-t'en", ils semblaient prévenir les travailleurs des dangers qui les menaçaient. La nuit, c'était des bruits de gens qui se querellaient, se battaient ; on aurait dit tout bouleversé ; le couvercle de la citerne, surtout, déjeté de côté et d'autre. Des vieillards parcouraient la roche et le bâtiment. Des croix se dressaient et s'abattaient ; des gens s'y suspendaient. Au jour, tout était en ordre. Pour cesser le bruit et les apparitions, on fut obligé d'ériger sur le roc, une croix en pierre", laquelle existe toujours.

A la même époque Anatole Le Braz ne peut ignorer une telle histoire et il se charge de recueillir le témoignage de"tonton Ri", Henri Porsmoguer, le premier des gardiens :"Né et élevé à l'île de Sein, je n'étais pas (...) sans savoir les récits lugubres qui couraient sur Tévennec". Un marin avait réussi après un naufrage à se réfugier pendant quatre jours sur le rocher en ne cessant d'appeler à l'aide, mais l'état de la mer ne permettait pas de lui porter secours. Au bout de quatre journées d'agonie, il décéda sur le rocher, mais son âme, son"anaon" en breton, continua de hanter la place où il était mort et, après la construction du phare, le sentiment général fut que l'on y avait enfermé son esprit. Après bien des déboires, notre gardien invite cet esprit à descendre boire un verre avec lui. Mal lui en prit car le fantôme du défunt s'offusque et le bat comme plâtre."Le lendemain, je m'étonnai de ne pas me réveiller avec des cheveux blancs, et, quinze jours plus tard j'avais donné ma démission. L'Esprit de Tévennec m'avait dégoûté pour jamais du métier de gardien de phare". Et pour confirmer cette vérité il complète sa première description quelques années plus tard :"On raconte que les anciens gardiens morts viennent souffleter ceux qui ont pris leur place. Quand le gardien est assis quelque part il entend une voix qui lui dit : "ôte-toi de ma place".

Quarante ans plus tard Charles Le Goffic dans son article sur la Vie des Phares reprend les mêmes bases et les complète de détails pour le moins morbides : "...quel passé ! Le premier gardien de Tévennec (il n'y en avait qu'un à l'origine) devint fou : il croyait entendre des voix qui criaient autour de lui : kerz kuit! kerz kuit! (va-t'en! va-t'en). On le remplaça, et les kerz kuit! recommencèrent. L'îlot était hanté : un prêtre fut requis pour l'exorciser. Rien n'y fit, même pas le remplacement du gardien solitaire par un ménage de solides chrétiens : le gardien Milliner fut trouvé mort dans son lit ; le gardien Ropartz, qui lui succéda, vit son père raflé sous ses yeux par une lame et de surcroît, quand sa femme fut près de son terme, une tornade vint interdire toute communication avec le continent..." .

La légende s'assoit définitivement. Comment un membre éminent de l'Académie française aurait-il pu se permettre d'avancer des faits aussi dramatiques s'il ne s'était documenté auparavant ? De plus ses origines bretonnes et sa grande connaissance de la mer renforce la véracité du propos ! Les six ans qu'ont duré les travaux accréditent d'autant plus cette thèse que l'îlot héberge des esprits malins. Dorénavant ce texte servira de référence pour tous les écrits postérieurs et aujourd'hui encore. Ce recueil d'articles connaît, à l'époque, un fier succès et de nombreux passages sont repris dans les journaux locaux et étrangers. En 1937 une demande insolite de monsieur Karl Schaffauser arrive sur le bureau du directeur des phares et balises à Paris ; cet Allemand d'Heidelberg propose ses services après la lecture d'un article paru dans un journal local allemand intitulé "la tour de la mort : personne ne veut devenir gardien du phare de Tevennec. Six hommes y moururent d'une mort extraordinaire". Le journaliste continue en relatant les terribles événements qui ont marqué la vie des gardiens et l'impossibilité pour le gouvernement français de trouver des volontaires pour garder le feu. Notre sujet allemand s'adresse alors à la radio-diffusion de Strasbourg pour offrir ses services et demande de faire suivre sa proposition qui parvient en haut lieu. Il déclare qu'il est sain de corps et d'esprit et qu'il désire refaire sa vie et que de plus il n'est pas superstitieux. Il lui est répondu, fort gentiment, que l'on prenait bonne note de sa candidature mais en précisant que le feu fonctionnait sans gardien depuis 1910. La légende franchit les frontières et se renforce : déjà six décès arrivés en Allemagne !

Après la seconde guerre mondiale, Louis le Cunff reprend encore une fois les affirmations exprimées et consolide le récit dramatique en rapportant à son tour quelques faits nouveaux toujours plus noirs."C'est le veilleur Milliner qui meurt à Tévennec sans qu'on puisse lui porter secours ; c'est un autre qui perd trois enfants sans pouvoir aller les embrasser ; c'est encore la femme du gardien Roparz qui est prise subitement de douleur de l'enfantement et que le pauvre homme doit délivrer tout seul, en pleine nuit, au moment où la tempête arrache le toit de l'habitation". Et plus jamais, jusqu'à aujourd'hui, on ne reviendra sur ces faits véridiques puisque tant répétés."Le premier ermite de Tévennec devint fou. La nuit Henri Guézennec entend des voix en breton : kerz kuit, kerz kuit, . Alain Menou qui lui succède, tient le coup pendant sept ans puis sombre à son tour dans la démence (...) Alexis Kerbiriou meurt à côté de son compagnon Corentin Coquet. Plus tard un autre gardien se sectionne l'artère fémorale en tombant sur son couteau et meurt (...) Le sort s'acharne, le gardien Milliner meurt dans les bras de sa femme. Elle devra le conserver dans le sel en attendant la relève... .

Nous-mêmes n'étions pas à l'abri de l'influence de ce récit : dans la première version de notre ouvrage "Phare", nous évoquions bien évidemment la malédiction qui planait sur Tévennec."Nul ne semble pouvoir aborder cet îlot sans angoisse. Selon la mémoire populaire, les ouvriers qui y érigèrent un phare étaient terrorisés par des phénomènes étranges, diaboliques. La nuit, des hurlements de terreur, éclats de bagarre, de rires déments dominaient le ressac (...) Parfois des êtres, pâles lueurs, titubaient sur la roche, dressaient des croix pour s'y suspendre ensuite (...) Henri Guézennec le premier ermite de Tevennec ne supporte pas la solitude et sombre dans la démence (...) Alain Menou, le second gardien,(...) , n'avait cure de telles fables. Il tient le coup pendant un an, mais perd la tête à son tour. Une malédiction plane-t-elle sur ce rocher? Le gardien Alexis Kerbiriou décède dans les bras de son compagnon Corentin Coquet. Plus tard un autre gardien se sectionne l'artère fémorale en tombant sur son couteau. Il rend l'âme après s'être vidé de son sang (...). Le gardien Milliner meurt dans les bras de sa femme. Détail macabre, pour que son mari puisse être enterré en terre bénie, l'épouse choisit de vider le cadavre de ses entrailles et de le conserver dans le sel en attendant la relève..." . Malgré l'adjonction des prénoms des protagonistes, manière de renforcer en passant la véracité du récit, il s'agit toujours des mêmes épisodes. Et puis, enfin, nous décidons de vérifier dans les éventuelles archives, aussi dispersées que rares, la réalité de cette terrible légende. Informations prises cette sombre n'est, pour ainsi dire, que pure fiction. Le premier gardien Guillaume-Marie Guézennec n'est pas le premier mais le troisième gardien de Tevennec. Par ailleurs il ne devient pas fou puisque le service des phares lui renouvelle sa confiance après sa mutation ; il quitte son premier poste en 1879 pour celui des Pierres-Noires et ensuite celui de Saint-Mathieu. Sa démission est acceptée en octobre 1896. Ses deux prédécesseurs ne connaissent pas plus de problèmes de démence ; en tout cas les archives sont muettes à ce sujet. Alain Menou n'est pas le second mais le sixième gardien de Tevennec : il ne perd pas plus la raison et achève sa carrière dans l'Administration des phares et balises à 57 ans, âge auquel il fut admis à faire valoir ses droits à la retraite. Le gardien Alexis Kerliviou, et non Kerbiriou, par contre est bien mort au phare. Mais son décès, en fait, ne présente aucun caractère troublant. Ce gardien jouissait d'une très mauvaise réputation dans l'arrondissement de Brest et sa venue au phare de Tevennec est une punition. Nommé à dater du premier décembre 1885 il présente une "constitution un peu faible, " mais son caractère zélé, à cette période, lui permet d'être recruté ; il monte au phare des Pierres-Noires et pendant huit ans se montre bon gardien, les notations de ses supérieurs le prouvent. Puis en 1894 l'ingénieur de Brest présente un rapport accablant dans lequel il est noté que le gardien est un "mauvais agent, presque impotent et passablement abruti par l'alcool". Obligé de le déplacer car il n'assume plus son service, il est par contre " impossible de le placer dans un phare à terre car il aurait trop d'occasions de s'enivrer et ce serait sa révocation à bref délai". Sa mutation en décembre 1895 à Tevennec est donc bien une mesure disciplinaire ; son état physique pour autant ne s'améliore absolument pas et dans ces conditions son décès le 26 février 1896 ne surprend personne et sûrement pas son collègue Corentin Coquet. Aucun gardien ensuite ne décède au phare pas plus à la suite d'une artère fémorale sectionnée que d'autre chose. Le gardien Henri Milliner n'est jamais mort dans les bras de sa femme, Marie-Perrine, et encore moins au phare de Tevennec. Par contre il est vrai qu'il mourut le 17 juillet 1911 à l'hôpital de Quimper à la suite d'un grave accident survenu au phare d'Eckmühl. En voulant hisser le drapeau tricolore au sommet de sa lanterne le jour de la fête nationale il tombe en entraînant dans sa chute un bloc de pierre qui lui écrase la jambe droite et lui broie les deux genoux. Le faire mourir à Tevennec renforce la magie noire des lieux mais ce n'est que roman. Il est vrai aussi que l'Administration comprend assez rapidement que le poste est particulièrement dur et décide d'améliorer la condition du gardien obligé à une présence permanente dans ce phare isolé. Nous l'avons dit, la décision ministérielle du 11 juillet 1876 autorisait la nomination d'un second gardien. De plus, après l'allumage de la Vieille en 1885, le troisième gardien de ce phare voisin est envoyé de temps en temps à Tevennec pour soulager l' équipe en place. Mais la situation des gardiens n'est toujours guère enviable et les candidats restent toujours aussi rares pour s'installer dans cet enfer. Pour tenter de résoudre le problème une décision ministérielle du 7 décembre 1897 décide que le service du phare serait "assuré par un seul gardien dont la femme sera employée à titre d'auxiliaire, moyennant un salaire fixé à 50 francs par mois". D'une pierre deux coups puisque le budget du Ministre s'améliore et que la présence d'une femme en ces lieux oblige l'époux à plus de constance, pense-t-on. Le 21 décembre 1897 le ménage Milliner, Henri et Marie-Perrine, pose le pied sur l'îlot, remplacé trois ans plus tard par les Quéméré, Louis et Marie-Jacquette. Mais la vie n'est guère plus facile pour autant : "Nous étions ravitaillés, en principe, deux fois par mois. Mais, bien souvent, le pain était déjà rassis quand il nous parvenait. D'autres fois il était détrempé et nous devions alors le jeter à la mer pour nous contenter de quelques biscuits... Les hivers étaient effrayants et c'est maintes fois que nous dûmes hisser le pavillon noir afin de demander du secours pour des barques en détresse. L'hiver 1903 fut particulièrement terrible (...) Tout autour de nous, ce n'était qu'un bouillonnement de lames et d'écumes (...). Et je me souviens qu'un jour il nous fallut récupérer dans les rochers les biscuits véreux que nous avions jetés quelques semaines auparavant". Néanmoins, au cours des cinq années passées sur l'îlot, la famille donne naissance à trois enfants, Charles, Alexia et Marie. La mère accouche à Sein ou à Penmarc'h et regagne ensuite son phare avec son bébé. Pour que la famille puisse avoir du lait pour les enfants, on dépose sur le caillou, à titre expérimental et pendant un an, une vache pie-noire que l'on nourrit de fourrages, de choux et de raves, régulièrement apportés par le ravitailleur. En juillet 1905, alors que les Quéméré sont affectés aux phares des Moutons, c'est la famille Quéré qui assure la relève pendant deux ans avant d'être à leur tour remplacés en août 1907 par les Ropart (et non Roparz), Henri Charles et Jeanne-Marie et leurs deux enfants. Mais les demandes de mutations et les plaintes ne cessent jamais. Lassée de tant de difficultés engendrées par le Malin, comme le veut la légende, l'Administration décide de renvoyer définitivement les gardiens à terre. Les travaux d'automatisation sont entrepris dès février 1910 et consistent en l'installation d'un réservoir de gaz prévu pour une autonomie de 6 mois. Est-ce par simple bonté d'âme ou plus prosaïquement pour des questions d'économie que le service décide cette automatisation. Sans doute un peu des deux et le 27 août 1910 paraît l'avis aux navigateurs qui confirme le caractère permanent et automatique du feu ; depuis décembre 1910 plus aucun homme, ni aucune femme non plus, n'est remonté sur l'îlot pour entretenir en permanence le feu. Aujourd'hui encore ce phare inspire une certaine crainte, et pas seulement à cause des courants violents qui le ceinturent. Cependant les fameuses voix entendues par les gardiens successifs n'avaient sans doute pas grande chose à voir avec les revenants. Deux plongeurs, Joël Arvor et Gérard Louarn, ont récemment découvert un passage sous-marin d'une vingtaine de mètres traversant le rocher de part en part. Par fortes marées, l'air comprimé dans ce boyau s'échappe par une faille en émettant un bruit si effrayant qu'un gardien en serait mort. Les Crierien évoqués par Anatole Le Braz ne seraient donc que les borborygmes d'un vulgaire siphon.

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