Ile Noire dessin
Ile Noire 1854 dessin


Feu de l île Noire,


A l embouchure de la rivière de Morlaix,

*premier décembre 1845 : feu fixe blanc varié toutes les 2 minutes par des éclats longs blancs sur une tour carrée de 13m en maçonnerie de pierres apparentes, blanchie sur l alignement,


1879, construction des logements formant soubassement, travaux exécuté par Colin entrepreneur à Morlaix,


* 9 novembre 1890 ; feu fixe secteur blanc, rouge et vert,


*5 juillet 1973 : électrification par aérogénérateur Feu du château du Taureau,


* premier décembre 1845 : feu fixe blanc sur un fort en maçonnerie de pierres de taille,


* avril 1855 : feu fixe rouge, Éteint en juillet 1889.


Une île-Phare : le phare de l île Noire.


Une appellation bien pompeuse pour cette île Noire, tout au plus un long caillou de forme étirée d une soixantaine de mètres de longueur et d une douzaine de mètres de largeur dans sa partie la plus enflée. Au-dessus des plus hautes mers émergent 120 mètres carrés de roches nues et stériles, battues par les vents et les embruns. Pourtant cet Écueil désolé connut une présence humaine permanente pendant presqu un siècle de 1845 à1938.
L îlot planté dans la baie de Morlaix est un amer reconnu par tous les marins pratiques des lieux ; il définit avec le hameau de la Lande l alignement du chenal de Tréguier, ou passe de l Est.

Dès1775 l armateur et marin morlaisien, Cornic-Duchène reconnaît précisément cette voie et, puisant dans ses fonds personnels, il établit trois amers en maçonnerie sur l île Louet, l île Noire et au lieu-dit la Lande. En 1825 la commission des phares, dans son rapport de présentation du système général d éclairage des côtes de France propose d allumer un feu de port à Morlaix. « Mais comme les passes qui conduisent au mouillage de la rivière sont longues et tortueuses, on pourra, par la suite, y établir des feux secondaires ... et rendre ces passes praticables ». Aucun travaux n est pourtant entrepris et les marins doivent de contenter des feux de Batz et des Heaux-de-Bréhat allumés respectivement en 1835 et 1840. Cependant cette année là l armateur Corbière établit une ligne commerciale régulière entre Morlaix et le Havre au moyen de vapeurs. Le 7 juin 1841 une pétition, appuyées par la Chambre de Commerce locale, et signée par tous les capitaines trégorrois, réclame l établissement de quatre feux pour éclairer les passes d accès au port de commerce le plus vivant de toute la Bretagne Nord. Les autorités compétentes reconnaissent le bien-fondé de cette demande et le projet de construction d un premier phare à la Lande et d un second sur l île Noire est rédigé par l ingénieur Aumaître en mars 1843. L entrepreneur morlaisien Louis Guillotou de Kerever remporte la soumission le 7 juin 1844 et les travaux commencent immédiatement sur les deux sites. Une tour carrée constituée de pierres de taille de l Ile Grande et de moëllons de l île Sterec toute proche est bâtie sur l île Noire. Le phare est composé de trois pièces superposées de 12 mètres carrées chacune : au rez-de-chaussée, le vestibule et le magasin, au premier la chambre des gardiens, au second la chambre de veille surmontée de la lanterne installée sur une plateforme.


Les deux premiers gardiens, Sébastien David né en 1806 à Ergué et Henri Gourvil né en 1817 à Plouézoc h sont nommés en novembre 1845 et le feu est allumé le mois suivant mais très rapidement les ingénieurs des Ponts et Chaussées s aperçoivent des difficultés rencontrées par les deux hommes pour vivre dans ce lieu isolé si réduit. Il est vrai que le phare est accessible à basse-mer de vives-eaux mais le chemin pour y parvenir est long et éreintant : les gardiens, à plusieurs reprises sont surpris à terre, bien loin de leur poste. Henri Gourvil est condamné en janvier 1858 car « il remplit mal ses fonctions et il s est fait punir pour absences sans autorisation ». Jean-Baptiste Kerfriden, remplaçant de David après 1867, est lui aussi « réprimandé pour des infractions réitérées à la discipline (absences) ». La vie est dure dans cette tour humide et les salaires de misère alloués ne poussent pas les gardiens à un zèle excessif. Pour les contraindre à plus de ponctualité, le Directeur du service des Phares et Balises, Léonce Reynaud, demande l installation d un mât de signaux de marée au sommet du phare. D un côté les gardiens perçoivent une indemnités supplémentaires qui améliorent l ordinaire mais d un autre côté leur absences sont dorénévant contrôlables à distance si les signaux ne sont pas effectués. Le quotidien reste pour autant toujours aussi triste et dangereux : en 1867 le gardien David tombe dans l escalier où les marches sont toujours glissantes en hiver. Il meurt en avril 1872 « des suites d une très longue maladie occasionnée par sa chute au phare... ».

Contraints par le règlement de passer toutes les nuits sur leur tour les deux gardiens n ont la permission de regagner la terre ferme que lorsque le service du matin s achève. « Ils ne peuvent d ailleurs s absenter qu à tour de rôle et doivent ètre rentrés pour le service du soir. Il est impossible d obtenir l exécution rigoureuse d un pareil réglement ; l éloignement du logement de sa famille, la difficulté de passage, surtout le soir, l état de la marée, entraîne le gardien à passer la nuit à terre », l ingénieur Tarot, le 24 avril 1875.

Pour tenter d améliorer cette situation il est décidé d installer un seul gardien et sa famille sur le phare. Cette proposition est approuvée par décision ministérielle en novembre 1875 et le procès-verbal d adjudication est signé le 8 février 1879 au profit de l entrepreneur Collin. Le phare est dès lors entouré de logements exigus au ras de l eau où s installe Jean Gourvil, le fils de Henri. Sous couvert philanthropique, l Administration des Phares réalise des bâtiments d accueil pour ses agents, certainement pour améliorer leurs conditions de vie et par voie de conséquence la qualité du sevice mais aussi pour leur imposer plus de ponctualité dans leur métier.


Le 9 novembre 1890 un nouveau feu à éclat rouge est allumé au sommet de la tour. Pour le surveiller, le Service des phares décident de faire appel à un couple, attitude commune à l époque destinée à réduire le nombre des gardiens titulaires pour alléger le budget de fonctionnement. Jean Gourvil, aidée par sa femme nommée gardienne auxiliaire, s installe sur leur îlot mais la place manque d autant plus que nombreux enfants naissent. En décembre 1892 l ingénieur de Morlaix décide de construire une plateforme abri autour du phare. « Depuis 1891 le fanal est habité par un gardien et sa famille composé de sa femme et de trois enfants en bas âge. A partir de la mi-marée l îlot sur lequel est construit le fanal ne présente plus qu une surface hérissée de roches irrégulières et fendillées à l excès. Toute promenade sur ce sol bosselé est impossible pour les enfants qui sont obligés de ne pas sortir du logement qui est très exigu : dans l intérèt de leur santé il conviendrait qu ils aient un bout de cours pour jouer ». Les sommes nécessaires pour la construction de cette plateforme sont trop élevées et rien ne fut fait. Et tandis que la petite famille s agrandit chaque année le salaire reste aussi étriqué et le 17 avril 1899 Jean Gourvil est obligé de s adresser au Directeur pour lui demander une subvention : « J ai six enfants, j en aurai bientôt sept, comment voulez-vous que je puisse nourrir neuf personnes avec un salaire de 69 francs par mois ; je ne puis non plus les instruire car mon salaire ne me permet pas de les garder à terre ». Paris transmet la réclamation à l ingénieur Kerviler qui connaissait parfaitement la situation. Il répond que la position du gardien est "intéressante"et qu il convient sans nul doute de l améliorer mais il objecte tout aussi clairement que cet agent ne fait pas assez d effort dans son service : « la maison qui est garnie d enfants (sept!), lesquels à pleine mer n ont guère d autre lieu pour se réunir, ne sera jamais tenue avec un soin méticuleux ». De plus le gardien encourait selon lui un blâme pour avoir négligé la voie hiérarchique en conséquence aucune indemnité n est accordée. En 1903, tenue par la loi sur l obligation scolaire, l Administration accorde, princière, une allocation de 100 francs par mois pour subvenir à l instruction de ses enfants : somme qui couvre à peine le quart des dépenses engagées par le couple pour loger les écoliers sur le continent.
En 1910 Le couple Gourvil est admis à faire valoir ses droits à la retraite. Pour les remplacer il est proposé de faire appel au « ménage Scornet, sur lequel nous avons de très bons renseignements, auxquels nous ajoutons cette considération que madame Scornec est déjà très au courant du service ». Madame Scornet est la propre fille de Jean Gourvil ; mais la vie sur l îlot reste si difficile que le couple demande rapidement son changement qu il obtient en 1925. Ils sont remplacés sur le caillou désert par le couple Jeannic qui y reste jusqu à l heure de la retraite.

Enfin en octobre 1938 est allumé un feu automatique alimenté au propane car les hommes rechignent toujours autant à monter à ce fanal. Depuis lors le bâtiment n est plus occupé.

 

RETOUR HAUT DE PAGE