HÈVE 1953

Les phares de la Hève sont situés à l'extrémité Sud de la baie de Seine. Ils établissent la route en Manche vers le Pas-de-calais et l'atterrissage des navires se dirigeant vers les ports du Havre puis de Rouen.

Le plus ancien feu connu balisant les lieux est le feu des Castillans construit sur le groin de Caux, langue de terre située en avant du cap et qui abritait le petit port de pêche de saint-Denis-Chef-de-caux aujourd'hui disparu, emporté par la mer. La tour portant le feu aurait été construite vers 1360 et tire son nom d'une colonie espagnole très ancienne qui avait fait souche dans ce port. Il n'en restait rien lorsque les membres de la Chambre de Commerce de Normandie demandent avec insistance la création d'un phare à l'embouchure de l'estuaire.
Les officiers de marine n'étaient pas les seuls à s'inquiéter de l'indigence de l'éclairage de nos côtes et du peu d'enthousiasme en la matière de la part des autorités royales.
Dès 1738 les premières pétitions parvinrent au gouverneur de la province de Normandie et à l'Intendant de la Marine, rédigées et signées par l'ensemble du monde maritime et du commerce résidant aux abords de la baie de Seine, de Dieppe à Saint-Vaast-la-Hougue. Les armateurs, les affreteurs, les capitaines, les pilotes, les maîtres au cabotage, les patrons de pêche, tous réclamaient l'amélioration des conditions de navigation dans ces lieux et notamment l'établissement des feux nécessaires selon eux à la sécurité des bâtiments lors des arrivées nocturnes aux abords de l'estuaire de la Seine.

Le premier projet prévoyait la construction d'un phare à la pointe septentrionale du Cotentin, à Barfleur, reprenant le dossier établi à ce sujet en 1699 par Vauban mais aucune suite n'y fut donnée. A l'image de la ville de Saint-Malo qui entretenait le feu du cap Fréhel et disposait depuis 1717 du droit de lever une taxe perçue sur chaque navire entrant dans les ports entre la pointe de Fréhel et Régneville afin de l'entretenir, la ville de Rouen souhaitait bénéficier du même traitement afin de compléter le balisage nocturne après le passage du Cotentin.

LA HÈVE - 1953

Après l'allumage par les britanniques des feux triples des Casquets en 1724 les édiles et responsables économiques normands pressèrent de plus belle le gouvernement pour que celui-ci leur accordât cette autorisation.

Pour faire aboutir leurs doléances les pétitionnaires convainquirent aisément la Chambre de Commerce de Normandie qui craignait à juste titre un détournement des trafics commerciaux au bénéfice de la côte anglaise méridionale beaucoup mieux équipée pour accueillir de nuit les bâtiments. Elle relaya par la suite et avec insistance les demandes des marins pratiques de la baie et des commerçants impliqués dans le trafic commercial maritime.

Le terrible hiver 1764-1765 au cour duquel on compta plus de 40 navires coulés ou échoués dans les parages accéléra le processus et aboutit à la concrétisation rapide du nouveau projet beaucoup plus élaboré, présenté dès 1765 par la chambre consulaire de Rouen qui retenait l'établissement d'un fanal à Gris-Nez, un autre à Barfleur et d'un feu double à la Hève, au dessus du Havre. La communauté dieppoise préférant le site de l'Ailly , plus proche de leur port que celui de Gris-Nez, soutenue dans son choix par les marins fécampois et cauchois, on abandonna le premier site pour la pointe de l'Ailly.
Ce dossier ambitieux parvint au duc de Penthièvre, amiral de France, au contrôleur des Finances et sur le bureau du Ministre de la Marine, Choiseul. Tous s'accordèrent pour louer les qualités du rapport présenté et insister sur la nécessité d'entreprendre de grands travaux pour tenter de résoudre l'absence d'éclairage sur cette portion du littoral.

HÈVE 1775

Le plus empressé d'entre eux, Choiseul, particulièrement attentif aux questions maritimes comme nous l'avons évoqué, félicita cette initiative qui ne laissait rien au hasard; le mémoire déterminait les formes et hauteurs des tours, estimait les dépenses de construction et d'entretien, proposait le montant de la taxe à percevoir, le droit de feu, pour régler l'intérêt de l'emprunt et l'amortissement, préconisait l'utilisation de réverbères alimentés à l'huile. Bref aucun domaine n'était exclu de cette étude pour le moins exhaustive.

Si l'écho fut favorable parmi les membres du gourvenement, le projet n'aboutit pourtant pas immédiatement et il fallut attendre l'arrêt du Conseil en date du 10 décembre 1773 qui homologuait la délibération prise par les "prieurs, juges, consuls et sindics de la Chambre de Commerce établie pour la province de Normandie"  et autorisait la construction des quatre tours.

Les responsables consulaires étaient chargés de réaliser les emprunts nécessaires aux constructions et de pourvoir ensuite aux approvisionnements pour l'entretien du feu et des locaux, en échange d'un droit de feu de 6 sols par tonneau sur tous les navires étrangers et de 5 sols sur tous les bâtiments français touchant un port entre le Cotentin et le cap de l'Ailly.

Tout était prêt pour passer rapidement à l'exécution du projet si longtemps retardée et l'adjudication pour les travaux fut passée en février 1774. L'entrepreneur Sangrain-Tourville fut dans un premier temps pressenti pour la fourniture des appareils d'éclairage, des réverbères à mèches plates et réflecteurs sphériques comme ceux qu'il avait déjà placés au sommet des phares de Sète, du Planier et de Saint-Mathieu.

LA HÈVE - 1775

En définitive le choix se porta sur un feu au charbon, système qui recueillait encore la majorité des suffrages, surtout auprès des populations navigantes, et employé dans presque tous les fanaux alors en activité tant sur les côtes d'Angleterre que pour les feux de Chassiron, des Baleines, de Cordouan, de Fréhel ou du Stiff .

Les quatre feux furent allumés le premier novembre 1775 et pour assurer la bonne visibilité des foyers ils demandaient chacun et chaque nuit la combustion de 600 kilogrammes de charbon. Cette consommation excessive représentait des dépenses jugées aussi ruineuses qu'inattendues; on rechercha dès lors à la modérer par tous les moyens. On proposa de réduire la taille des braseros, de construire des lanternes pour abriter le foyer...

D'après les informations recueillies il s'avérait que le dispositif utilisant des réflecteurs était beaucoup plus économique et plus pratique dans la mesure où les gardiens n'étaient pas assujettis à la corvée qui consistait à élever plus d'une demi-tonne de charbon par nuit au sommet de la tour. La susbstitution en ce sens intervint quelques années plus tard ; les tours jumelles de la Hève, les plus gourmandes, connurent le nouveau mode d'éclairage en novembre 1779, Barfleur en septembre 1780 et l'Ailly en novembre 1780. L'économie résultant de l'utilisation des réverbères à huile paraissait indiscutable et d'autre part la Chambre de Commerce se félicitait de la régularité et de la facilité du service. Après les variations agitées de la période charbonnière, elle jouissait dorénavant d'une véritable tranquillité avec les lampes à mèches et les réflecteurs de Sangrain.

* premier novembre1775 : feux fixes blancs, sur deux tours carrées et soubassement distantes l'une de l'autre de 98 mètres,
* 1781 : feux à réflecteurs Lenoir,
* mai 1811 : pour la tour Sud, installation de 6 réflecteurs Bordier,
* 1814 : pour la tour Nord, installation de 6 réflecteurs Bordier,
* 24 août 1819 : tours Nord et Sud : installation de 10 réflecteurs Bordier,
* 16 septembre1845 : feux catadioptriques, feux fixes blancs de premier ordre et construction des logement entre les deux tours
* 26 décembre 1863 : le feu Sud transformé et électrifié le premier du genre en France
* premier septembre 1865 : le feu fixe blanc de premier ordre de la tour Nord transformé et électrifié à son tour.

la tour Sud est éteinte en 1893, seule la tour Nord porte un nouveau feu,
*18 juin 1893 : feu à éclat blanc toutes les 5 secondes sur la tour Nord,
* 1922 : lampe à filament (et non plus lampe à arc),
Les deux tours et les bâtiments sont détruits par l'artillerie alliée lors de la libération de la ville,
* 8 octobre 1951 : feu éclat blanc toutes les 5 secondes sur une tour octogonale en béton armé sur corps de logis à parement en pierres de taille de 32m de hauteur.